Une identité numérique pour chaque produit
L'année prochaine, l'Union européenne mettra en place le passeport numérique du produit. Les batteries de voitures électriques seront parmi les premières concernées. La start-up biennoise BloqSens accompagne les entreprises dans la mise en place du passeport numérique du produit.
Le passeport numérique de produit est un élément central de la stratégie européenne en matière de durabilité. Dans le cadre du Green Deal, il vise à instaurer la transparence et à renforcer l’économie circulaire. « Le DPP est un conteneur numérique pour toutes les données relatives au produit », explique Peter Krummenacher, PDG de BloqSens. Fondée en 2023, cette start-up biennoise aide les entreprises à mettre en œuvre des passeports numériques de produit et à intégrer des données complexes sur les produits.
Le passeport numérique de ce genre comprend les caractéristiques techniques, les informations de conformité, les indicateurs environnementaux ainsi que des références à des documents et certificats. Grâce à un code QR, à la RFID ou à des technologies similaires, ces données peuvent être consultées directement sur le produit. L’idée sous-jacente : tous les acteurs concernés – des fabricants aux recycleurs en passant par les distributeurs et les clients – accèdent au même ensemble de données standardisé, bien qu’avec des autorisations différentes. Cela permet de retracer l'origine des matériaux, la manière dont un produit a été fabriqué, comment il peut être réparé et entretenu, et comment il doit être traité à la fin de son cycle de vie.
Le passeport batterie : première application concrète
Le passeport numérique des produits prend une dimension particulièrement concrète dans le domaine des batteries. L'UE a déjà établi des directives claires à ce sujet : à partir de février 2027, les batteries d'une capacité supérieure à 2 kWh destinées, par exemple, aux véhicules électriques ou aux applications industrielles devront être équipées d’une telle identité. Ce passeport accompagne la batterie tout au long de son cycle de vie, de l'extraction des matières premières à son utilisation, en passant par les applications de seconde vie et le recyclage.
Le passeport batterie est considéré comme un précurseur, car il réunit un nombre particulièrement élevé d’exigences. Il contient des informations sur la composition des matériaux, l’origine des matières premières, les performances ainsi que l’empreinte carbone. Une particularité de celui-ci réside dans son caractère dynamique : les données peuvent être mises à jour pendant l’utilisation. Il est ainsi possible, par exemple, de suivre en continu l’état d’une batterie.
« Grâce au passeport numérique du produit, l’état de santé de chaque batterie devient mesurable et traçable », explique Krummenacher. Des événements tels que la surchauffe ou les pannes peuvent également être documentés. Ces informations sont pertinentes, par exemple, lors de la vente de véhicules électriques d’occasion ou pour la « seconde vie » d’une batterie de voiture électrique en tant que système de stockage stationnaire.
De plus, le passeport batterie apporte pour la première fois de la transparence au recyclage. « Aujourd’hui, de nombreux recycleurs ne savent pas exactement ce que contient une batterie », relève M. Krummenacher. À l’avenir, ils pourraient décider de manière plus ciblée comment récupérer les matériaux.
Une valeur ajoutée tout au long du cycle de vie
Au-delà des batteries, le passeport produit numérique ouvre de nouvelles possibilités. Il permet notamment d’enregistrer directement dans le passeport des modes d’emploi, des consignes d’entretien ou des instructions de réparation. La documentation imprimée est remplacée par un espace d’information numérique centralisé, pouvant être mis à jour à tout moment. « C’est comme une notice d’utilisation étendue, mais numérique et toujours à jour », remarque M. Krummenacher, PDG de BloqSens.
Pour les entreprises, cela ouvre de nouvelles perspectives en matière de service et de contact avec la clientèle. Le passeport produit peut servir d’interface avec les systèmes de commerce électronique ou de plateforme pour les offres après-vente. La maintenance prédictive est également simplifiée : lorsque l’on sait comment un produit est utilisé, il est possible d’optimiser les intervalles de maintenance ou de détecter les pannes à un stade précoce.
De nouveaux modèles commerciaux voient également le jour. Les fabricants peuvent reprendre leurs produits, les reconditionner et les commercialiser à nouveau. Le passeport produit numérique apporte la transparence nécessaire à cet effet.
Du silo de données à l’écosystème
Pour de nombreuses entreprises, le plus grand défi lié à l’introduction du passeport produit numérique ne réside pas dans le passeport lui-même, mais dans la base de données. Les données de production, les informations sur la chaîne d’approvisionnement et les données de base des produits sont souvent réparties sur de nombreux systèmes. « Dans la pratique, il s’agit souvent d’environnements informatiques complexes comportant de nombreuses sources de données », constate Peter Krummenacher. Celles-ci doivent d’abord être regroupées et mises sous une forme standardisée.
C’est précisément là qu’intervient BloqSens. La start-up de Bienne se positionne comme un prestataire de services pour les passeports numériques de produits, en mettant l’accent sur l’intégration des données et la mise en place de systèmes. L’offre comprend plusieurs étapes : BloqSens analyse d’abord l’environnement de données existant d’une entreprise. Ensuite, un démonstrateur est développé pour un passeport produit concret. Ce n’est qu’ensuite que l’on passe à l’extension à d’autres produits et domaines d’activité. « Nous commençons délibérément à petite échelle avec un produit pilote », relève-t-il encore. Il est essentiel de comprendre les flux de données et de les préparer progressivement à l’intégration.
L'entreprise est encore en phase de démarrage : cinq collaborateurs travaillent actuellement sur des solutions et des démonstrateurs. Aucun produit final n'est disponible pour l'instant, car les exigences évoluent et le développement se fait en parallèle, selon M. Krummenacher.
Un calendrier ambitieux
De nombreux détails de la réglementation sont encore en cours d'élaboration et ne devraient être finalisés que dans les années à venir.
L'UE suit un calendrier ambitieux pour la mise en place de ces mesures. Les premières applications – dont le passeport batterie – devraient devenir obligatoires dès février 2027. Mais il existe un fossé important entre les ambitions politiques et la réalité technique : les normes et les spécifications techniques doivent encore être élaborées.
Pour les entreprises, cela signifie qu’il faut agir tôt, même si toutes les conditions-cadres ne sont pas encore fixées. Des start-ups comme BloqSens y voient une opportunité. « La technologie n’est qu’une partie du défi », explique M. Krummenacher. L’essentiel est de maîtriser les données ainsi que de les intégrer dans un écosystème fonctionnel.
Contribution de: Hendrik Thielemann